Purification.

19 05 2007

Anoushka Shankar, 2003.

[1] « Celui qui accomplit les actions nécessaires sans s’attacher à leurs fruits pratique à la fois le renoncement à l’action et la consécration par le juste accomplissement de l’action ; mais celui qui vit sans allumer le feu du sacrifice et sans accomplir les cérémonies ne peut être considéré comme tel. [2] Sache, ô Fils de Pându, que ce qu’on appelle Samnyâsa, ou renoncement à l’action, est pareil au Yoga, ou pratique de la consécration. Nul ne peut être consacré s’il n’a renoncé d’abord à toute intention. [3] Il est dit que l’action est la voie permettant au sage désireux d’accéder à la méditation d’y parvenir. Il est dit également que la cessation de l’action est la voie pour celui qui est arrivé à la méditation. [4] Lorsque l’homme a renoncé à toute intention, lorsqu’il est exempt de tout attachement à l’action en rapport avec les objets des sens, il est considéré comme ayant atteint à la méditation. [5] Il doit élever le soi par le Soi, sans jamais souffrir l’avilissement du Soi ; car le Soi est l’ami du soi, et également le soi est son propre ennemi. [6] Le Soi est l’ami de l’homme qui s’est maîtrisé; de même, le soi est hostile comme un ennemi à celui qui ne s’est pas dominé.[7] Le Soi de l’homme qui s’est dominé, qui est libéré du désir et de la colère, est attaché au Soi Suprême dans la chaleur et le froid, la souffrance et le plaisir, l’honneur et l’ignominie. [8] L’homme qui possède la connaissance spirituelle et le discernement, qui se tient imperturbable sur la hauteur et a vaincu les sens, pour qui la pierre et l’or sont d’égale valeur, cet homme est considéré comme consacré. [9] Est estimé entre tous celui qui garde une âme égale, parmi ses amis et compagnons ou au milieu d’ennemis, d’êtres hautains et indifférents, au milieu de ceux qui aiment ou qui haïssent ou dans ses relations avec des pécheurs ou des justes.

[10] « Celui qui a atteint à la méditation devrait s’efforcer constamment de se reposer dans le Suprême en restant dans la solitude et la retraite, en maîtrisant son corps et ses pensées, en ne possédant rien et en étant libéré de l’espérance. [11] Il devrait dresser son siège dans un lieu pur ; que ce siège soit solide, ni trop haut, ni trop bas et construit d’herbe kusha recouverte de peau et de toile. Là, pour la purification du soi, il devrait se livrer à la méditation, le mental concentré sur un point, en contrôlant les modifications du principe pensant et en restreignant l’activité de ses sens et de ses organes. [13] Le corps, la tête et le cou fermes et droits, l’esprit résolu , le regard fixé sur la pointe du nez, sans regarder dans aucune direction, [14] le cœur en paix et sans peur, ainsi le yogi devrait rester établi dans un vœu de brahmacharya, contrôlant ses pensées et le cœur fixé en moi. [15] Le fidèle au mental maîtrisé qui ainsi ramène constamment son cœur en repos dans le Suprême atteint cette sérénité : l’assimilation suprême en moi.

[16] « Cette discipline divine, ô Arjuna, ne peut être atteinte par l’homme qui mange plus qu’il n’est nécessaire, ou insuffisamment, ni par celui qui se livre trop au sommeil ou à des veilles prolongées. [17] La méditation qui abolit la souffrance est propre à l’homme modéré dans la nourriture et la récréation, dont les actions sont mesurées et dont le sommeil et la veille sont réglés. [18] Lorsque l’homme vivant ainsi fixe son cœur dans le Soi véritable et est exempt d’attachement à tout désir, il est considéré comme ayant atteint au Yoga. [20] On dit que le sage au cœur concentré, en repos et libre d’attachement aux désirs est ” semblable à la lampe qui, abritée du vent, ne vacille pas ” . Lorsque, discipliné par la pratique du Yoga, en repos et percevant le Soi par le soi, il est satisfait ; [21] lorsque, connaissant la béatitude illimitée qui est indépendante des objets des sens, il atteint l’état d’où rien ne peut le détacher de la réalité ; [22] lorsqu’il a acquis ce qu’il considère comme supérieur à tout, et que, s’y trouvant établi, il ne peut en être délogé même par la plus grande souffrance, [23] sache que cette interruption du lien qui l’unit à la douleur est considérée comme Yoga, l’union spirituelle, ou consécration, pour laquelle l’homme doit lutter avec foi et constance.

[24] « L’homme atteint graduellement au repos lorsque, possédant la patience, il a abandonné tous les désirs qui surgissent de l’imagination et dominé par le mental les sens et les organes qui poussent à l’action dans toutes les directions. [25] Ayant fixé son mental en repos sur le vrai Soi, il ne devrait penser à rien d’autre. [26] Quel que soit l’objet vers lequel se dirige son mental inconstant, il devrait le subjuguer, le ramener et le placer sur l’Esprit. [27] Une béatitude suprême sera certainement la récompense du sage dont le mental est ainsi en paix, dont les passions et les désirs sont ainsi maîtrisés, qui est ainsi dans le Soi véritable et qui est libre de péché. [28] Celui qui est ainsi consacré et sans péché obtient sans difficulté la félicité la plus haute : l’union avec l’Esprit Suprême. [29] L’homme qui est pénétré de cette consécration et qui voit l’unité de toutes les choses perçoit l’Âme Suprême dans tout et tout dans l’Âme Suprême. [30] Celui qui me voit en toutes choses et voit toutes choses en moi ne se détache pas de moi et je ne l’abandonne point. [31] Et quiconque, croyant à l’unité spirituelle, m’honore, moi qui suis en toutes choses, demeure avec moi quelle que soit la condition dans laquelle il se trouve. [32] Celui, ô Arjuna, qui en raison de la similitude trouvée en lui-même ne voit qu’une seule essence en toutes choses, bonnes ou mauvaises, celui-là est considéré comme le fidèle consacré par excellence. »

ARJUNA :

[33] « Ô tueur de Madhu à cause de l’inconstance du mental, je ne puis voir aucune possibilité de persister fermement dans ce Yoga d’égalité d’âme que tu viens de décrire. [34] Car, en vérité, ô Krishna, le mental est turbulent, fort, obstiné et plein d’agitation. Je crois qu’il est aussi difficile à maîtriser que le vent. »

KRISHNA :

[35] « Sans aucun doute, ô toi aux bras puissants, le mental est agité et difficile à maîtriser ; mais il peut être maîtrisé, ô fils de Kuntî, par l’exercice et par le non-attachement au désir. [36] Cependant, cette discipline divine appelée Yoga est, selon mon opinion, très difficile pour qui n’a pas atteint à la domination de son âme ; mais elle peut être acquise par des moyens appropriés par celui qui s’y adonne assidûment et qui contrôle son cœur. »

ARJUNA :

[37] « Quel est le sort, ô Krishna, de celui qui, tout en ayant la foi, n’a pu atteindre la perfection dans la consécration, sa pensée insoumise l’éloignant de la discipline ? [38] Ô toi aux bras puissants, après être tombé des deux et s’être égaré de la voie de l’Esprit Suprême, cet homme est-il soumis à la destruction comme un nuage dispersé privé de support (10) ? [39] Tu devrais, ô Krishna, m’éclairer et dissiper complètement ce doute, car nul autre ne pourrait l’arracher de mon cœur. »

[40] «Un tel homme, ô fils de Prithâ, ne peut périr ni dans ce monde, ni au-delà. Car celui qui fait le bien ne va jamais en un lieu néfaste. [41] L’homme dont la consécration a été interrompue par la mort va vers la région des justes (11), y reste pendant d’innombrables années, et puis renaît sur terre dans une famille pure et fortunée (12), [42] ou même dans une famille d’êtres spirituellement illuminés. Mais cette dernière renaissance terrestre est plus difficile à obtenir. [43] S’étant réincarné, il vient en contact avec la connaissance qui fut sienne dans l’incarnation précédente, et dès lors s’efforce plus assidûment vers la perfection, ô fils de Kuru, [44] car il est guidé, même à son insu, par son ancienne pratique et continue à œuvrer dans cette voie. Même s’il cherche seulement à s’informer, il ira au-delà de la lettre des Veda. [45] Mais le fidèle consacré qui, en luttant de toutes ses forces, obtient la perfection grâce à ses efforts continus au cours de plusieurs naissances parvient au but suprême. [46] L’homme de méditation, comme celui qui vient d’être décrit, est supérieur à l’homme de pénitence, à l’homme de savoir et également à l’homme d’action ; par conséquent, ô Arjuna, prends la résolution de devenir un homme de méditation. [47] Mais entre tous les fidèles consacrés, c’est celui qui m’honore d’un cœur invariablement fixé sur moi et plein de foi que je considère comme ayant atteint à la plus haute consécration. »

Chapitre VI, La consécration par la maîtrise de soi, Bhagavad-Gîtâ.





Regretter l’Europe aux anciens parapets.

19 05 2007

Le Tirpitz cuirassé de la Kriegsmarine, Fjörd d’Atla.

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Le Bateau Ivre, Arthur Rimbaud.





European-Electronic (dance) Body Music.

19 05 2007

Nitzer Ebb, Berlin, 2006.

She is not alone, Borghesia, 1990.

 





Love will tear us appart.

19 05 2007

Il ne faut surtout pas laisser l’amour aux gens beaux. La chute c’est aussi ce délice du contre-emploi, le plaisir innomable de sentir sous le siège de l’A320 dans lequel on est assis un rassurant et inutile “gilet de sauvetage”…

Love will tear us apart, Joy Division.